Le siège du PPEF
Le procès de Dali Séné Patrick, ex-DAF du CNP-PPP, s'est ouvert après 23 mois de détention. Accusé de détournement de fonds publics et de blanchiment, l'affaire soulève des questions cruciales sur la gestion des finances publiques.
Abidjan, Côte d'Ivoire, 8 janvier 2025 (crocinfos) – La scène est à couper le souffle. Le 15 janvier 2024, Dali Séné Patrick, l'ex-directeur administratif et financier (DAF) du Comité national de pilotage du partenariat public-privé (CNP-PPP), est jeté en prison. Après plus de 23 mois et 3 semaines de détention préventive, le procès tant attendu s'est enfin ouvert au Pôle pénal économique et financier (PPEF), situé à Abidjan, entre l'école de la gendarmerie et celle de la police. Ce jeudi 8 janvier 2026, l'affaire a pris une tournure plus que délicate, posant des questions essentielles sur la gestion des fonds publics et les dysfonctionnements qui en ont résulté.
Dali Séné Patrick, vêtu d’une tenue de détenu – une chasuble orange avec l’inscription « Détenu N°13 PPEF Côte d'Ivoire » – a fait son entrée sous haute surveillance. Il était accompagné de son avocat, Maître Dagbo Pierre, un homme au regard déterminé, mais aussi marqué par l’épreuve traversée. Malgré la longue détention, le visage de Dali Séné, partiellement dissimulé derrière un masque COVID de couleur bleu clair, dégageait une étrange sérénité. Cette image contrastait douloureusement avec la gravité des accusations portées contre lui.
Les chefs d’inculpation sont lourds : association de malfaiteurs, détournement de deniers publics, faux et usage de faux, et blanchiment de capitaux. Son nom, désormais associé à une affaire de grande envergure, résonne dans les couloirs de la justice ivoirienne, soulevant une question lancinante : où est passé l’argent ?
429 millions FCFA disparus
Tout a commencé avec un virement de 429 millions de francs CFA, viré des comptes de la Banque Atlantique Côte d'Ivoire (BACI) vers ceux d'Ecobank. Cette somme colossale a été retirée, mais qui est responsable de ce retrait ? Voilà l'une des énigmes que le Pôle pénal économique et financier s'efforce de résoudre.
Le 2 et 12 octobre 2023, des instructions contradictoires ont été envoyées à la banque. Mme Lou Belefe Olga Roseline Toa, alors DAF du CNP-PPP, a demandé par téléphone à la gestionnaire, de ne pas procéder au paiement. Ce, au moment où elle était avec Dali Séné au secrétariat du président du CNP-PPP. Mais, comme par enchantement, le mail de Dali confirme à la banque l'autorisation du paiement. Comment expliquer cette incohérence ? A-t-elle informé Dali Séné de ces instructions ? Non, répond-elle en salle d'audience, une réponse qui met en lumière la confusion et l'opacité autour de cette affaire.
Les questions restent sans réponse. Et, malgré les efforts du procureur de la République pour établir des certitudes, le mystère persiste. Mme N’Diaye Fatou, gestionnaire de compte à la BACI, a admis avoir reçu des instructions contradictoires, mais elle a aussi exprimé des doutes auprès de ses collègues, s’inquiétant de l’irrégularité des virements. "J'ai parlé avec M. Dali Séné par mail, et je me suis inquiétée. Vous avez reçu des virements. Je ne suis pas à l'aise avec ça", a-t-elle déclaré, faisant état de son malaise face à la situation.
Un procès qui se prolonge, des interrogations sans fin
La cour a suspendu l'audience pendant cinq minutes, laissant place à une pause de réflexion. Lorsque l'audience a repris, le procureur a exprimé son souhait que la banque mette à disposition les enregistrements des caméras de surveillance pour identifier les personnes ayant encaissé l'argent. Une demande cruciale, mais qui soulève également la question du rôle de ceux qui, peut-être, ont facilité ces retraits illégaux.
Maître Dagbo Pierre, l’avocat de Dali Séné, a exprimé sa frustration face à l’absence de certaines personnalités clés dans ce procès. "Nous avions sollicité la présence du président du CNP-PPP, Moussa Kouyaté, mais il n’était pas présent. ‘’Nous avions également sollicité la présence d’un représentant de la Banque Ecobank, mais personne n’est venu", a-t-il déclaré, soulignant l'entrave à un procès équitable. L’ombre de ces absences pèse lourdement sur la procédure, rendant difficile l'accès au fond du dossier.
Cependant, la juge d'instruction, malgré les obstacles, a su guider les débats avec clarté, offrant un éclairage sur certains aspects de l'affaire. Le 9 février 2026, une nouvelle audience est prévue, avec l'espoir que les témoins absents se présenteront et que des réponses seront enfin apportées à la société ivoirienne, avide de vérité.
La détention préventive, le prix à payer pour une justice en marche
Dali Séné Patrick, depuis le 15 janvier 2024, a paie un lourd tribut. Non seulement il a été emprisonné pendant environ deux ans, mais son nom et celui de son ancien employeur, le CNP-PPP, sont désormais gravés dans le marbre de l’histoire judiciaire ivoirienne. Un procès qui va au-delà d’une simple affaire financière : il touche à la gouvernance, à la transparence et à l’éthique dans l’utilisation des fonds publics.
Les interrogations persistent, mais le temps semble suspendu. Les événements à venir, notamment la prise de parole des représentants d’Ecobank et de Moussa Kouyaté, pourraient bien dessiner les contours d’une vérité trop longtemps étouffée. Les larmes de Dali Séné, si elles n'ont pas encore coulé dans cette salle d’audience, coulent chaque jour dans son cœur, mais dans le silence. Un destin brisé, une vie qui ne sera plus jamais la même, un homme qui attend, toujours, la rédemption.
Sériba Koné