Le Secrétaire général du Resa-Fisc
La Cité Espérance à Bingerville est sous haute surveillance après un déploiement massif des forces de l’ordre. Un conflit entre le Resa-Fisc et le promoteur immobilier BACID met en lumière des accusations graves de fraude.
Bingerville, le 1er mars 2026 (crocinfos)– Le samedi 28 février matin, la cité Espérance de Bingerville a été le théâtre d'une scène pour le moins inhabituelle. Un impressionnant dispositif de sécurité a pris place dès l’aube dans ce quartier résidentiel. Les forces de l’ordre, dont plusieurs unités de la Police nationale, notamment la CRS 9, et des éléments de la gendarmerie, ont été déployées en nombre. Plusieurs cargos de police ont été vus stationnés tout autour du quartier, avec des policiers postés à l'entrée, d'autres dans certains appartements, et des véhicules de police obstruant la voie principale de la deuxième entrée. La tension était palpable alors que le Secrétaire général du Resa-Fisc, Zéreyé Zedou Narcisse, se préparait à un point de presse improvisé, non pas dans un bureau ou une salle de conférence, mais en pleine rue, à quelques mètres des forces de l'ordre. Une situation qui n’a pas manqué d’attirer l’attention des journalistes présents, interloqués par un tel déploiement.
Officiellement, aucune explication n’a été donnée concernant cette forte présence policière. Toutefois, selon Zéreyé Zedou Narcisse, ce dispositif de sécurité serait lié à un conflit de longue date entre le Resa-Fisc et la société immobilière BACID S.A, dirigée par Salami Rachidi. Depuis plusieurs années, les deux parties s'affrontent sur l'exécution du projet immobilier "Cité Espérance", lancé en 2018 et qui devrait, selon les prévisions, aboutir à la construction de 500 logements sur un terrain de 40 hectares.
Le climat était particulièrement tendu alors que Zéreyé Zedou Narcisse a pris la parole dans des conditions pour le moins difficiles. "On a voulu faire taire les souscripteurs et empêcher que la vérité éclate", a déclaré un militant du Resa-Fisc, en expliquant que l’intention derrière cette mobilisation policière était d’empêcher toute expression publique des victimes présumées du projet immobilier. Selon lui, le but était clair : faire taire les voix critiques et empêcher toute médiatisation du dossier.
Zéreyé Zedou Narcisse a ouvert le bal de manière catégorique : "Je suis l'initiateur du projet Espérance, en collaboration avec la société BACID SA". Il a détaillé les premières étapes de ce projet qui, selon lui, a rapidement montré des signes de dysfonctionnements. L’absence d’un Arrêté de Concession Définitive (ACD), la fragilité financière de la société BACID, ainsi que les retards récurrents dans l’exécution des travaux ont été évoqués. « C’était un investissement risqué, mais nous avons décidé d’épauler financièrement la société BACID pour sauver ce projet », a-t-il expliqué. Des versements mensuels ont été effectués à BACID, atteignant parfois jusqu’à 100 millions de francs CFA par mois, soit environ 400 millions de francs CFA par tranche.
Cependant, malgré ces efforts financiers, les résultats sont loin d’être satisfaisants. "Sur les 150 maisons devant être livrées pour la première tranche, seules une vingtaine ont été remises aux souscripteurs", a souligné le Secrétaire général du Resa-Fisc. De plus, de nombreuses promesses n'ont pas été tenues par le promoteur. Zéreyé Zedou Narcisse a mis en lumière ce qu’il considère comme des manœuvres frauduleuses. Après l’obtention tardive de l'ACD, le promoteur aurait doublé les prix des maisons et bloqué la remise des biens aux souscripteurs. Selon lui, pendant que le dossier est en cours de traitement judiciaire, certaines maisons auraient été revendues à de nouveaux acquéreurs, en violation des engagements contractuels.
La situation a pris une tournure encore plus grave avec la dénonciation de ce que Zéreyé Zedou Narcisse appelle des "soutiens occultes" dont bénéficierait le promoteur. "C’est une bombe à retardement sociale", a-t-il averti, évoquant les alertes reçues par les souscripteurs, qui ont découvert que des maisons étaient revendues pendant que le dossier est toujours devant la justice.
Pour apporter un éclairage juridique sur cette situation, Me Honoré Gnakpa, avocat du Resa-Fisc, a précisé que le conflit repose sur la violation manifeste d’un protocole d’accord signé entre les deux parties. Selon lui, ce protocole prévoyait la construction de 500 logements, dont 150 devaient être livrés grâce à un acompte versé par le Resa-Fisc. "Le syndicat a injecté près de 2,325 milliards de francs CFA pour accélérer le projet", a-t-il indiqué. Cependant, malgré ces efforts financiers, seules 20 maisons ont été livrées à ce jour.
Me Gnakpa a également révélé que les tentatives de règlement amiable avaient échoué, malgré un chèque de 100 millions de francs CFA déposé par le Resa-Fisc pour démontrer sa bonne foi. "La résistance de BACID persiste, pendant que les maisons sont revendues à des tiers", a-t-il déploré. Face à cette impasse, le Resa-Fisc a engagé une procédure devant le tribunal de commerce, dont l’audience est prévue pour le 5 mars prochain. L'objectif est de faire la lumière sur l’exécution réelle du projet et d’obtenir la remise des maisons construites, conformément aux engagements pris par la société BACID.
La militarisation de la cité Espérance reste au centre des débats. Pour les souscripteurs et les responsables syndicaux, cette intervention des forces de l'ordre symbolise une tentative d’intimidation et soulève de vives inquiétudes sur les libertés publiques. Le Secrétaire général du Resa-Fisc n’a pas hésité à dénoncer cette situation : "Notre pays ne peut pas se rendre complice d’investisseurs qui prospèrent dans le faux et le déni de justice", a-t-il affirmé, sous le regard vigilant des policiers.
Approché, pour sa part de vérité, Salami Rachidi, le promoteur immobilier, a réagi à ces accusations. "Lorsque tu affirmes quelque chose, il est important de fournir des preuves", a-t-il déclaré avant de conclure, "laissons la justice faire son travail".
Alors que l’affaire se poursuit devant les tribunaux, une question demeure : faut-il déployer une telle force policière pour un simple point de presse syndical ? Les souscripteurs et le Resa-Fisc attendent désormais que la justice tranche sur cette affaire qui pourrait bien être un tournant dans les relations entre syndicats et promoteurs immobiliers en Côte d'Ivoire.
Charles Kpan