La couverture de l'oeuvre
À travers Daloa, le roman DIAMANA explore les tensions entre mémoire, identité, citoyenneté et pouvoir, tout en défendant une nation où l’enracinement historique dialogue avec l’égalité des droits et la fraternité entre tous les citoyens.
Par Yaya Fofana, essayiste et romancier
Avec DIAMANA, Là où les chemins deviennent destin, Yaya Fofana installe Daloa au centre d’un roman politique et social consacré à une question sensible : comment préserver la mémoire des peuples sans la transformer en frontière entre citoyens ?
Ville carrefour façonnée par les migrations, les échanges et les enracinements successifs, Daloa devient le théâtre d’une campagne électorale où les blessures foncières, le chômage et le sentiment d’abandon nourrissent les discours identitaires.
Au cœur du récit, Mariam Diarra, ancienne magistrate devenue députée, est née à Daloa dans une famille dioula. Elle refuse d’opposer son héritage familial, sa citoyenneté et son devoir politique. Face à elle, Sékou Dagnogo, entrepreneur respecté, philanthrope et candidat ambitieux, infléchit progressivement son discours. Il parle moins de son programme que de ce qui aurait été confisqué et laisse la foule désigner les responsables de ses frustrations.
Autour d’eux, le journaliste Nahoua Zébi tente de défendre les faits contre les rumeurs. Zoro Digbeu incarne une jeunesse bété marquée par le chômage et les conflits fonciers, tandis que Salif Cissé porte la mémoire de familles dioula établies depuis plusieurs générations. Les anciens Gnabro Zadi et Ladji Bamba rappellent, chacun depuis son histoire, que la transmission ne doit jamais servir de combustible à la haine.
Mémoire reconnue, citoyenneté protégée
Le roman reconnaît explicitement l’enracinement historique des populations bété, leur rapport à la terre, leurs villages, leurs traditions et leurs morts. Mais il confronte cette réalité à celle des familles installées depuis des décennies, des enfants nés à Daloa, des maisons bâties, des activités économiques et des solidarités partagées. Reconnaître l’histoire des uns, soutient Mariam, ne commande pas d’effacer la vie des autres.
Cette position rejoint un principe juridique fondamental : l’égalité des citoyens ne peut dépendre de leur origine ethnique. L’antériorité historique mérite reconnaissance et protection, notamment dans le règlement équitable des litiges fonciers ; elle ne saurait toutefois instituer des citoyennetés à plusieurs vitesses. DIAMANA distingue ainsi la légitimité de la mémoire, la justice due aux victimes et l’instrumentalisation politique de l’identité.
Lorsque les mots « autochtone », « étranger », « terre » et « origine » changent de sens, la ville vacille. Une boutique brûle, des familles sont menacées et des habitants blessés. La violence apparaît d’abord comme un fait de langage : une phrase répétée finit par transformer un voisin connu en menace collective. Pourtant, le récit refuse la fatalité. Des jeunes Bété protègent une boutique dioula ; des familles dioula accueillent une famille bété.
La crise oblige aussi les candidats à répondre de leurs paroles. Mariam rejette une réconciliation de façade et réclame vérité, médiation, mémoire et justice. Sékou comprend qu’une victoire obtenue sur les ruines d’une ville fracturée constituerait une défaite civique. Son revirement n’efface pas sa responsabilité, mais affirme qu’un dirigeant peut encore rompre avec l’engrenage qu’il a contribué à créer.
Mariam remporte finalement l’élection de justesse. Elle refuse tout triomphalisme et appelle immédiatement au calme. Sékou reconnaît le verdict des urnes. La suite évite toutefois l’illusion d’une paix instantanée : les contentieux demeurent, les blessures persistent et la réconciliation exige des institutions durables. Une Maison de la mémoire commence ainsi à prendre forme pour transmettre plusieurs récits de Daloa et former les nouvelles générations à la citoyenneté.
À travers cette ville, Yaya Fofana parle de la Côte d’Ivoire et de nombreuses nations africaines confrontées à l’articulation délicate entre héritages, migrations, territoires et compétition électorale. DIAMANA rappelle qu’une nation ne se construit ni par l’effacement des origines ni par leur transformation en murs. Elle naît lorsque plusieurs mémoires acceptent de répondre d’un avenir commun.
Daloa cesse alors d’être un simple décor. Elle devient la métaphore d’un pays capable d’honorer ses ancêtres sans exclure ses citoyens, et de faire de la diversité des chemins non une menace, mais une communauté de destin solidaire, apaisée et durable.
Bienvenue R.