favicon
C R O C I N F O S

[TRIBUNE/Ramadan et Carême] Le rendez-vous spirituel de la Côte d’Ivoire avec son avenir

[TRIBUNE/Ramadan et Carême] Le rendez-vous spirituel de la Côte d’Ivoire avec son avenir

Yaya Fofana, président du MFA.jpg

En 2026, la Côte d'Ivoire traverse un moment spirituel exceptionnel où musulmans et chrétiens jeûnent ensemble, envoyant un puissant message de fraternité, d'unité et d'espérance, invitant chacun à transformer cette grâce spirituelle en force nationale.

Par Yaya Fofana, président du MFA

En cette année 2026, notre pays vit un moment spirituel d’une portée exceptionnelle. Musulmans et chrétiens jeûnent et prient presque au même moment dans le cadre du ramadan et du carême. Des millions de croyants, dans toutes nos régions, entrent ensemble dans un temps de sobriété, de partage et de solidarité, faisant de la Côte d’Ivoire un immense lieu de recueillement tourné vers Dieu.

Ce calendrier n’est pas un simple hasard. Beaucoup y voient un signe fort, une convergence spirituelle qui rappelle que notre première richesse, avant nos appartenances politiques, demeure notre capacité à vivre ensemble dans le respect et la fraternité. Dans beaucoup de familles ivoiriennes, un même foyer compte à la fois des chrétiens et des musulmans. Ces jours-ci, tous se lèvent plus tôt, prient davantage, partagent davantage et se soutiennent davantage.

Les autorités religieuses de notre pays ne cessent de le rappeler. Ces périodes de jeûne et de pénitence sont des occasions privilégiées pour renforcer la paix, la cohésion sociale et la solidarité envers les plus vulnérables. Elles invitent les fidèles à la maîtrise de soi, à l’humilité, au pardon, au refus de la haine et des divisions, ainsi qu’à des actes concrets de charité envers les plus démunis.

Dans un contexte international marqué par des tensions identitaires, cette simultanéité du carême et du ramadan en Côte d’Ivoire apparaît comme un signal adressé au monde. Notre diversité religieuse peut être une force de dialogue et non un motif de conflit.

Notre responsabilité collective, responsables politiques, leaders d’opinion et citoyens engagés, est de transformer cette grâce spirituelle en opportunité historique. Les messages de paix et d’espérance adressés aux musulmans et aux chrétiens rappellent que ces temps de jeûne doivent renforcer les valeurs fondamentales qui fondent la nation ivoirienne. La solidarité, la tolérance, le respect mutuel et l’amour de la patrie.

Mais l’ambition que nous devons nourrir va au-delà des gestes ponctuels. Il s’agit de construire une vision nationale où la spiritualité de nos peuples inspire profondément la manière de gouverner, de faire opposition, de débattre et de vivre ensemble dans la cité.

Dans cette vision, le pouvoir n’est pas un trophée que l’on arrache mais un service que l’on rend. L’opposition n’est pas un ennemi à abattre mais un partenaire critique qui contribue à améliorer le destin commun. Les périodes de jeûne nous rappellent une vérité essentielle. Nul n’est éternel au pouvoir mais la Nation, elle, nous survivra.

La sagesse ivoirienne héritée notamment de Félix Houphouët-Boigny nous enseigne que la paix n’est pas un slogan mais une méthode de gouvernement et que le dialogue demeure toujours préférable à la confrontation.

C’est pourquoi il nous faut promouvoir une véritable culture du jeûne politique qui dépasse les clivages. Jeûner politiquement, c’est accepter de renoncer à la tentation de la violence verbale, du mépris et des discours qui stigmatisent des régions, des religions ou des partis.

C’est refuser d’alimenter la peur de l’autre pour gagner des voix. C’est pour ceux qui gouvernent renoncer au réflexe de verrouillage permanent et entendre la légitime demande de pluralisme, de transparence et de dialogue. C’est pour ceux qui contestent renoncer aux surenchères dangereuses qui peuvent fragiliser la paix chèrement reconstruite.

La concomitance du carême chrétien et du ramadan musulman sur la période 2025 à 2028 reviendra plusieurs fois dans notre histoire récente. Chaque fois, elle pourra être une épreuve ou une chance.

Une épreuve si nous la laissons se limiter à des cérémonies officielles sans impact sur la justice sociale, l’équité et l’inclusion de tous dans le jeu démocratique.

Une chance si nous en faisons un laboratoire vivant de cohésion en multipliant les ruptures de jeûne partagées, les actions sociales conjointes et les messages communs de nos leaders religieux et politiques en faveur de la paix.

Déjà dans plusieurs localités, des cadres, des ministres et des élus réunissent chrétiens et musulmans autour de ruptures collectives et d’actions caritatives. Ces initiatives doivent être encouragées et multipliées car elles montrent que le leadership véritable se mesure moins au nombre de cortèges qu’à la capacité d’ouvrir sa maison, sa table et son cœur à toutes les composantes de la communauté nationale.

Nous pouvons et nous devons aller plus loin.

Rêvons et surtout travaillons pour une Côte d’Ivoire où à chaque période de jeûne religieux l’ensemble de la classe politique s’accorde sur une trêve de la haine, un apaisement du langage et un engagement commun pour la paix.

Imaginons des déclarations conjointes entre majorité et opposition soutenues par les autorités religieuses pour condamner toute instrumentalisation de la religion à des fins partisanes.

Imaginons des programmes nationaux qui profitent de ces périodes de solidarité pour lancer de grandes campagnes contre la pauvreté, le chômage des jeunes et l’abandon scolaire.

Un pays qui sait aligner ses forces spirituelles avec ses ambitions économiques et démocratiques est un pays invincible.

La Côte d’Ivoire dispose d’atouts considérables. Une population jeune, dynamique et croyante. Une économie résiliente. Une expérience douloureuse mais riche en leçons en matière de réconciliation et de gestion de crise.

En ce temps de ramadan et de carême, j’invite chaque responsable, chaque militant et chaque citoyen à se poser une question simple. Qu’ai-je à jeûner en moi pour que la Côte d’Ivoire aille mieux.

Pour certains ce sera l’orgueil.

Pour d’autres la haine ou le mensonge.

Pour d’autres encore l’indifférence devant la misère de leurs concitoyens.

Si chacun fait ce travail sur lui-même, le pays tout entier en sera transformé.

Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire. Que ces jours de jeûne, de prière et de charité soient le point de départ d’un nouveau pacte national fondé sur la vérité, la justice et la fraternité.

Car l’histoire des Nations nous enseigne une vérité simple. Les grandes œuvres ne disparaissent pas lorsque les hommes se retirent. Elles se prolongent lorsqu’un flambeau est transmis dans la paix, la sagesse et la confiance. C’est ainsi que les peuples écrivent les plus belles pages de leur destin.

Un avenir où nous pourrons dire à nos enfants que nous avons connu des fractures mais que nous avons su ensemble les dépasser.