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C R O C I N F O S

[Corruption en Côte d'Ivoire] Résistances de l’administration publique à la vision du président Alassane Ouattara (analyse)

[Corruption en Côte d'Ivoire] Résistances de l’administration publique à la vision du président Alassane Ouattara (analyse)

Le président de la République, Alassane Ouattara, attend que la déclaration du patrimoine atteigne les 100%. À titre d'illustration

La Haute autorité pour la bonne gouvernance (HABG) présente son bilan 2025 sur la lutte contre la corruption en Côte d'Ivoire, soulignant des progrès, mais aussi des résistances internes au sein de l’administration publique.

Abidjan, 8 mars 2026 (crocinfos)– La Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance (HABG) a présenté son bilan annuel pour l’année 2025, un exercice de transparence qui met en lumière les avancées et les défis persistants dans la lutte contre la corruption en Côte d'Ivoire. Lors d'un point-presse tenu le 5 mars 2026, le président de la HABG, Zoro Bi Ballo Épiphane, a détaillé les résultats de l’institution, soulignant des progrès notables, tout en exprimant ses préoccupations face à une résistance interne au sein de l’administration ivoirienne.

Le président de la HABG a indiqué que sur 10.858 déclarations de patrimoine attendues, 9.844 avaient été enregistrées, soit un taux de conformité de 90,66 %. Toutefois, ces chiffres masquent un retard inquiétant dans certains secteurs, notamment au sein des collectivités territoriales. Les maires et leurs adjoints affichent un taux de déclaration de seulement 59,39 %, un chiffre qui contraste fortement avec le taux de conformité élevé des membres du gouvernement (99,15 %) et des hauts responsables de l’administration (97,54 %).

La déclaration de patrimoine reste une obligation constitutionnelle, comme l’a rappelé Zoro Bi Ballo. Malgré les efforts de l'institution pour promouvoir cette transparence, certains hauts responsables de l’administration semblent réticents à adopter cette démarche, allant à l'encontre de la vision du président de la République, Alassane Ouattara, qui met l’accent sur une transformation structurelle profonde du pays.


Des avancées mais des résistances internes

La déclaration de patrimoine reste une obligation constitutionnelle, comme le rappelle Zoro Bi Ballo. Ph. HABG.


Les statistiques sur la plateforme SignalIS, dédiée à la dénonciation des actes de corruption, illustrent également les efforts en cours. En 2025, 451 dénonciations ont été enregistrées, dont une majorité concernait des agents publics. Ces signalements ont permis 37 interpellations pour faits de corruption et ont débouché sur 40 procès-verbaux d’enquête envoyés au parquet. Le président de la HABG a salué ces avancées, soulignant que SignalIS est un instrument précieux pour impliquer les citoyens dans la lutte contre la corruption, tout en protégeant les lanceurs d'alerte.

Le président de la HABG a indiqué que sur 10.858 déclarations de patrimoine attendues, 9.844 avaient été enregistrées, soit un taux de conformité de 90,66 %. Toutefois, ces chiffres masquent un retard inquiétant dans certains secteurs, notamment au sein des collectivités territoriales. Les maires et leurs adjoints affichent un taux de déclaration de seulement 59,39 %, un chiffre qui contraste fortement avec le taux de conformité élevé des membres du gouvernement (99,15 %) et des hauts responsables de l’administration (97,54 %).

Cependant, malgré ces avancées, la Côte d'Ivoire reste confrontée à des défis importants. Selon l'indice de perception de la corruption publié par Transparency International, le pays se classe 76e sur 182 pays, avec un score de 43/100. Bien que le président de la HABG se félicite des progrès réalisés, il n’a pas manqué de rappeler que la route reste semée d’embûches, avec des résistances notables au sein de l’administration publique.


La vision d’Alassane Ouattara en question

La vision du président Ouattara, qui prône un "Ivoirien Nouveau" respectueux des principes d’éthique, de discipline et de mérite, semble se heurter à une réalité complexe. En dépit des grandes orientations institutionnelles, des résistances persistent, en particulier dans des secteurs clés de l’administration publique, où la lutte contre la corruption peine à atteindre une adhésion totale. Des personnalités influentes, tout en respectant la loi de manière formelle, demeurent hésitantes à incarner pleinement cette vision de la transparence et du changement.

Alors que la haute autorité pour la bonne gouvernance met en place de nouveaux mécanismes de contrôle, tels que la digitalisation des déclarations de patrimoine et la mise en œuvre de la stratégie nationale de lutte contre la corruption, la concrétisation des objectifs du président Ouattara pourrait nécessiter un engagement plus fort de l’ensemble des acteurs publics et privés.

En revanche, des sanctions pénales et financières sont prévues en Côte d'Ivoire pour le non-respect de la déclaration de patrimoine auprès de la Haute autorité pour la bonne gouvernance (HABG). Selon l'ordonnance n°2013-660, le refus de déclarer ou une fausse déclaration expose à une amende équivalant à 6 mois de rémunération, et la décision est publiée.

La question qui demeure est de savoir si ces transformations institutionnelles, aussi ambitieuses soient-elles, pourront réellement se traduire par une société ivoirienne régi par l'exemplarité et la transparence, ou si, au contraire, les résistances internes empêcheront l'atteinte de cet idéal de gouvernance prôné par le président de la République.


Charles KPAN