À titre d'illustration
La Semaine OGP 2026 s’est achevée à Abidjan sur un panel consacré à l’accès à l’information publique, rappelant que la transparence exige des données accessibles, compréhensibles et utiles aux citoyens.
ABIDJAN (Côte d’Ivoire), le 26 mai 2026 (crocinfos) – La Semaine OGP 2026 s’est achevée, vendredi 22 mai, à Abidjan, sur un panel de haut niveau consacré à l’accès à l’information publique, dans un contexte où la transparence administrative ne se limite plus à la mise en ligne de données, mais interroge leur lisibilité, leur accessibilité et leur utilité réelle pour les citoyens.
Réuni autour du thème « Accès à l’information pour tous : enjeux, défis et perspectives pour une gouvernance plus intègre en Côte d’Ivoire », ce panel a marqué la clôture d’une semaine d’échanges consacrée aux principes du gouvernement ouvert. Il a permis de dresser un état des lieux des avancées, mais aussi des insuffisances qui continuent d’entraver l’exercice effectif du droit d’accès à l’information publique.
Car le constat est désormais clair : publier l’information ne suffit plus. Encore faut-il que le citoyen sache où la trouver, comment l’interpréter et comment l’utiliser pour participer utilement au débat public ou contrôler l’action administrative. L’enjeu n’est donc pas seulement juridique ou technologique. Il est aussi démocratique, pédagogique et social.
Les échanges ont rappelé que l’accès à l’information constitue l’un des fondements de la gouvernance ouverte. Il conditionne la confiance entre l’État et les citoyens, renforce la redevabilité des institutions et contribue à prévenir l’opacité dans la gestion publique. Dans un État de droit, l’information publique ne peut être considérée comme un privilège administratif. Elle relève d’un droit dont l’exercice effectif permet au citoyen de mieux comprendre les décisions publiques et d’en apprécier la portée.
Mais ce droit reste confronté à plusieurs obstacles. Les intervenants, notamment la Commission d’accès à l’information d’intérêt public et aux documents publics (CAIDP), le ministère de l’Économie numérique, la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA), le Centre d’information et de communication gouvernementale (CICG) et le Réseau des professionnels de la presse en ligne de Côte d’Ivoire (REPRELCI), ont mis en évidence des défis communs : désinformation, fracture numérique, faible culture de la donnée publique, insuffisante éducation aux médias et inégalités d’accès aux outils digitaux.
À ces difficultés s’ajoute l’irruption de l’intelligence artificielle, perçue à la fois comme une opportunité et comme un risque. Opportunité, parce qu’elle peut faciliter le traitement, la traduction, la synthèse et la diffusion de l’information publique. Risque, parce qu’elle peut aussi amplifier les fausses informations, manipuler les contenus et fragiliser davantage les usagers peu préparés à distinguer une source fiable d’un contenu trompeur.
Le panel a ainsi replacé la question de l’accès à l’information dans une perspective plus large : celle de la maturité numérique des citoyens. La disponibilité d’une plateforme ou d’un portail administratif ne garantit pas automatiquement l’accès réel à l’information. Dans certaines zones, l’absence de connexion stable, le coût des données mobiles, le faible niveau de familiarité avec les outils numériques ou encore la complexité du langage administratif constituent autant de barrières invisibles.
C’est pourquoi plusieurs participants ont insisté sur la nécessité d’une collaboration plus franche entre l’État, les médias, la société civile, le secteur privé et les citoyens. L’information publique ne doit pas seulement être produite par l’administration ; elle doit être expliquée, contextualisée et rendue intelligible. La gouvernance ouverte suppose donc une chaîne complète, allant de la production de la donnée à son appropriation citoyenne.
Dans sa déclaration de lancement, le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, point focal OGP Côte d’Ivoire, avait rappelé que le Partenariat pour un Gouvernement Ouvert vise à promouvoir une gouvernance plus transparente, plus responsable, plus inclusive et plus innovante.
Cette édition 2026 a également été marquée par des consultations publiques organisées les 18 et 19 mai à Abidjan, en vue de recueillir les contributions des institutions, de la société civile, du secteur privé et des partenaires techniques pour l’élaboration du sixième Plan d’Action National 2026-2028. Le jeudi 21 mai, une activité menée avec la Plateforme de la Société Civile Ivoirienne pour le PGO a mis l’accent sur la co-création, principe cardinal du gouvernement ouvert, en prélude à l’adoption annoncée d’une loi sur la protection des lanceurs d’alerte.
La Côte d’Ivoire, membre de l’OGP depuis le 28 octobre 2015, arrive à une étape charnière. Son cinquième Plan d’Action National 2024-2026 arrive à terme le 30 juin 2026. Le pays devra produire deux livrables majeurs : le rapport d’auto-évaluation du PAN 5 et le sixième Plan d’Action National.
Au terme des travaux, une exigence s’impose : rendre l’information publique réellement publique. Non pas seulement disponible, mais accessible, compréhensible et utile. En matière de gouvernance ouverte, la transparence ne vaut que si le citoyen possède les bonnes clés pour s’en saisir.
Athanase Kangah