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[TRIBUNE] Le vrai combat des Ivoiriens n’est pas l’ethnie

[TRIBUNE] Le vrai combat des Ivoiriens n’est pas l’ethnie

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À l’approche des grandes élections, Yaya Fofana appelle à une politique qui dépasse les clivages ethniques et régionaux, soulignant l’importance de l’unité nationale et de l’engagement pour une justice sociale équitable.

Par Yaya Fofana, président du Mouvement des Forces d’Avenir (MFA)

À l’approche des grandes échéances politiques, le débat public ivoirien semble trop souvent retomber dans des réflexes anciens. Les discours se durcissent, les identités sont instrumentalisées et les appartenances ethniques ou régionales reviennent au centre de la confrontation politique.

Pourtant, l’engagement politique, surtout au sommet de l’État, ne peut plus se limiter à administrer les colères sociales, les peurs collectives ou les réflexes identitaires. Gouverner une nation exige davantage. Il faut tracer une direction, proposer une vision et désigner clairement les obstacles qui empêchent le peuple de réaliser pleinement son potentiel.

Le rôle d’un pouvoir responsable n’est pas d’alimenter des oppositions artificielles entre nationaux et étrangers. Une telle posture serait non seulement dangereuse, mais également contraire à l’histoire et à l’esprit d’ouverture qui ont longtemps caractérisé la Côte d’Ivoire.

En Côte d’Ivoire, ces obstacles sont connus. Ils s’appellent l’injustice sociale, les déséquilibres économiques, la concentration excessive des richesses et la persistance d’une pauvreté qui frappe des millions de citoyens dans un pays pourtant riche de ses terres, de ses ressources et de l’énergie de sa jeunesse.

Parler en responsable national, c’est regarder ces réalités en face sans céder à la facilité de la désignation de boucs émissaires. C’est reconnaître les rapports de force qui structurent l’économie et la société, tout en refusant de transformer les communautés en adversaires.

Les travailleurs, les paysans, les petits commerçants, les jeunes sans emploi et les femmes trop souvent éloignées des centres de décision ne sont pas condamnés à rester des figurants dans l’histoire ivoirienne. Ils constituent la véritable force sociale du pays et sont appelés à en devenir les auteurs.

Mais pour que cette transformation advienne, une prise de conscience collective est nécessaire. Au-delà des appartenances ethniques, régionales ou religieuses, les couches populaires partagent un destin commun.

Cette réalité demeure inchangée, quelle que soit l’origine de ceux qui occupent aujourd’hui une place importante dans l’économie nationale. Qu’il s’agisse d’acteurs économiques ivoiriens ou de membres de communautés étrangères établies depuis plusieurs générations, notamment la communauté libanaise, le principe doit rester le même. Nul ne peut se placer durablement au-dessus de l’intérêt du peuple ivoirien.

L’histoire économique de la Côte d’Ivoire est celle d’un pays façonné par les apports de plusieurs peuples. Cette diversité a contribué à la vitalité commerciale et industrielle du pays. Mais elle ne peut rester une force que si elle s’inscrit dans un cadre juste, transparent et régulé.

Une économie qui concentre les richesses dans quelques réseaux au détriment de la majorité finit toujours par fragiliser la cohésion nationale. Une économie moderne est celle qui crée des opportunités, valorise le travail et assure une répartition plus équilibrée des fruits de la croissance.

Le rôle d’un pouvoir responsable n’est pas d’alimenter des oppositions artificielles entre nationaux et étrangers. Une telle posture serait non seulement dangereuse, mais également contraire à l’histoire et à l’esprit d’ouverture qui ont longtemps caractérisé la Côte d’Ivoire.

La véritable responsabilité politique consiste plutôt à construire un État capable de réguler l’économie, de faire respecter les règles et de garantir que la prospérité individuelle contribue au progrès collectif.

Protéger l’Ivoirien vulnérable ne signifie pas désigner un étranger à haïr. Cela signifie instaurer un système dans lequel chacun contribue équitablement à l’effort national et où la réussite économique s’accompagne d’une responsabilité sociale réelle.

Ce discours s’adresse à la fois aux couches populaires et aux détenteurs du pouvoir économique.

Aux premiers, il rappelle que leur véritable force ne réside pas dans la division ou dans la suspicion entre communautés, mais dans leur capacité à s’unir, à s’organiser et à peser démocratiquement sur les choix qui déterminent leur avenir.

Aux seconds, il annonce que l’époque où l’on pouvait prospérer durablement sur les déséquilibres sociaux touche progressivement à sa fin. Le nouveau contrat national exigera davantage de transparence, de responsabilité et de contribution au développement du pays.

L’esprit du Président Félix Houphouët-Boigny nous rappelle une vérité essentielle. La paix n’est pas un mot, c’est un comportement.

La véritable responsabilité politique consiste plutôt à construire un État capable de réguler l’économie, de faire respecter les règles et de garantir que la prospérité individuelle contribue au progrès collectif.

La Côte d’Ivoire de demain devra dépasser les clivages identitaires qui ont trop longtemps structuré le débat public.

La question centrale ne devrait plus être

De quelle ethnie es-tu?

De quel pays viens-tu?

Mais plutôt

Que construis-tu avec nous?

Comment participes-tu à l’effort national?

Le véritable clivage politique de demain ne séparera plus les ethnies ni les communautés.

Il séparera ceux qui vivent de la fragilité du pays et ceux qui veulent construire sa force.

Et dans l’histoire des nations, il arrive toujours un moment où un peuple décide de sortir des anciens équilibres pour écrire un nouveau pacte entre l’État, l’économie et la justice sociale.

La Côte d’Ivoire approche de ce moment.

La grandeur d’une nation ne se mesure pas à la richesse de quelques-uns mais à la dignité garantie à chacun de ses enfants.


                                                                   Fait, le 16 mars 2026