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À partir du 1er mai, la Chine supprime les droits de douane pour 53 pays africains, suscitant de fortes attentes chez les agriculteurs qui espèrent davantage d’exportations, d’emplois et d’investissements dans leurs filières.
A partir du premier mai, la Chine appliquera un régime de "zéro droit de douane" à 53 pays africains ayant entretenu des relations diplomatiques avec elle. Auparavant, 33 pays africains les moins avancés bénéficiaient déjà de ce traitement préférentiel.
Si cette mesure est souvent analysée à travers des notions telles que la "coopération du Sud global", la "transformation structurelle" ou la "défense du multilatéralisme", elle prend une signification bien plus concrète pour un jeune ouvrier travaillant dans une usine de transformation de piments au Rwanda. Pour lui, la suppression des droits de douane signifie surtout davantage de commandes chinoises et, très concrètement, l'investissement dans des équipements pour procéder au séchage des piments.
Ces calculs simples et pragmatiques traduisent peut-être mieux la portée réelle de cette politique tarifaire.
A Allada, au Bénin, Lanmandoclévon, cultivateur d'ananas "pain de sucre", se souvient d'une époque où les bonnes récoltes étaient source d'inquiétude. "Autrefois, sur le marché local, nous avions du mal à écouler toute notre production. Une partie des invendus était perdue, entraînant un manque à gagner considérable", a-t-il confié à Xinhua.
Depuis que l'ananas béninois a obtenu l'accès au marché chinois, la situation s'est nettement améliorée : il écoule désormais l'ensemble de sa production et a étendu ses plantations de moins d'un hectare à près de trois hectares, employant environ 80 ouvriers par hectare. A ses yeux, "le vaste marché chinois" est une réalité tangible.
Au Rwanda, le piment séché est autorisé à l'exportation vers la Chine depuis 2021. L'entreprise Fischer Global a ainsi vu ses surfaces cultivées s'étendre progressivement, passant de 15 à 300 hectares. "C'est la stabilité du marché qui nous a permis d'agrandir nos plantations", explique son directeur général, Herman Uwizeyimana.
Sur le terrain, Geshom Nahimana, 24 ans, employé dans une usine de transformation, décrit des journées prolongées en pleine saison des récoltes, jusqu'à tard dans la nuit pour superviser le stockage des piments. Malgré une activité répartie sur trois sites, les capacités restent insuffisantes, ce qui a conduit l'entreprise à investir dans des équipements de séchage. Pour lui, la suppression des droits de douane se traduit donc, concrètement, par l'acquisition de séchoirs.
En Côte d'Ivoire, le Mainland Group constitue un acteur majeur dans l'industrie du caoutchouc naturel du pays. Léon Boitenin, 26 ans, y travaille comme laborantin. "Avant, beaucoup de jeunes étaient à la maison, sans activité", explique-t-il, ajoutant qu'avec le développement des usines, nombre d'entre eux ont désormais un travail et peuvent subvenir aux besoins de leur famille.
Son collègue, le superviseur Houon Gueu, résume la situation en termes simples : "Aujourd'hui, je peux scolariser mes enfants et nourrir ma famille sans difficulté". Pour eux, la suppression des droits de douane signifie avant tout des opportunités d'emploi.
Alors que certains pays érigent des barrières commerciales, la Chine ouvre ses portes, offrant ainsi de nouvelles options à l'Afrique, estime Robert Rukundo, président de l'Association des exportateurs horticoles du Rwanda.
"La politique chinoise de droits de douane nuls sur les produits africains est un soulagement pour les Rwandais et les autres Africains, car elle leur permet de compenser les pertes subies sur d'autres marchés", ajoute-t-il.
Les chiffres confirment cette dynamique. Selon l'Administration générale des douanes de Chine, le commerce bilatéral entre la Chine et l'Afrique a atteint 348,052 milliards de dollars en 2025, en hausse de 17,7 % sur un an, établissant un nouveau record.
En 2026, cette tendance se poursuit : au premier trimestre, les échanges ont atteint 646,56 milliards de yuans (90 milliards de dollars), en progression de 23,7%, tandis que les importations chinoises en provenance d'Afrique ont augmenté de 14,6%.
Le secteur de l'avocat au Kenya en fournit une illustration frappante. D'après Hasit Shah, directeur général de Sunripe, lorsque les avocats kenyans ont fait leur entrée sur le marché chinois en 2022, les importations hebdomadaires se limitaient de 10 à 20 conteneurs. Elles atteignent aujourd'hui 100 à 150 conteneurs, soit une croissance de 500% en trois ans.
"La suppression des droits de douane ouvre la porte. Mais ce sont ensuite l'organisation, les investissements dans la qualité et les marques, ainsi que le développement des chaînes d'approvisionnement qui détermineront si le Kenya peut réussir sur le long terme", souligne-t-il.
Des ananas aux piments, des avocats au caoutchouc, la chaîne du "zéro droit de douane" relie une multitude de trajectoires individuelles. Ces attentes, modestes mais concrètes, en révèlent le véritable sens : non pas une simple donnée économique, mais une série d'espoirs ravivés.
Par Huang Jian, journaliste de l'Agence de presse Xinhua