À titre d'illustration. Image génée par IA
Après deux reports, le délibéré tant attendu de l’affaire Dali Séné Patrick se tiendra demain, 24 mars 2026, au Pôle pénal économique et financier (PPEF) d’Abidjan. Accusé de détournement de fonds publics, il attend son jugement.
Abidjan (Côte d’Ivoire), le 23 mars 2026 (crocinfos)---Le 24 mars 2026, cela fera deux ans, deux mois et neuf jours que l'opinion publique ivoirienne attend le délibéré de l'affaire Dali Séné Patrick, un dossier qui, depuis son ouverture, a cristallisé toutes les attentions. Accusé de plusieurs chefs d'inculpation, dont l'association de malfaiteurs, le détournement de fonds publics, le faux et usage de faux, ainsi que le blanchiment de capitaux, Dali Séné, ex-cadre du CN-PPP, fait face à une situation judiciaire particulièrement complexe. Le montant des fonds en jeu s’élève à 429 millions de francs CFA, un dossier qui suscite de nombreuses interrogations, tant dans les couloirs du tribunal qu’auprès des citoyens.
Le Pôle pénal économique et financier (PPEF), chargé du dossier, verra de nouveau ses portes s’ouvrir demain, le 24 mars 2026, pour la lecture du délibéré. Ce dernier a déjà connu deux reports, l’un initialement prévu pour le 12 mars, puis déplacé au 19 mars avant d’être à nouveau repoussé au 24 mars. Ce délai supplémentaire a alimenté de nombreuses spéculations et interrogations sur la nature du verdict qui sera rendu. Si les attentes sont grandes, elles sont également teintées de doutes, notamment en raison des points soulevés par la défense au cours des audiences.
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En détention préventive depuis plus de deux ans, Dali Séné Patrick a vu sa situation se prolonger dans un climat de tension. La défense, par l’intermédiaire de ses avocats, a soulevé des éléments qui jettent une ombre sur la clarté de l’accusation. "Comment peut-on accuser quelqu'un dont le retrait de 429 millions de FCFA à la EKOBANK n’est pas prouvé par une pièce d’identité ?", a interrogé l’un des avocats de M. Dali, mettant en exergue les faiblesses du dossier de l’accusation. "Qui est l’individu qui a retiré ces fonds les 2 et 12 octobre 2023 ? Les preuves manquent", a ajouté la défense, qui a mis en lumière un manquement dans les investigations, accusant le ministère public de n’avoir pas fait toute la lumière sur les faits.
L’opinion, en particulier celle qui suit de près ce dossier, attend des preuves irréfutables pour trancher une affaire qui semble s’enliser dans l’incertitude. Les avocats de la défense ont mis en lumière plusieurs zones d’ombre, notamment concernant l'absence de preuves matérielles tangibles pour justifier les accusations portées contre leur client. La question de l’identité de l’individu ayant effectué les retraits litigieux demeure sans réponse. D'autre part, les avocats pointent également la lenteur des procédures et l’absence d'une enquête complète et rigoureuse, soulevant ainsi des doutes sur la fiabilité du dossier.
Les deux premières semaines du mois de mars ont été marquées par des requêtes du ministère public, qui a requis des peines sévères à l’encontre de Dali Séné et de sa co-accusée, N’diaye Fatou, épouse Koné, assistante-clientèle à la BACI. Le parquet a demandé une peine de dix ans de prison ferme contre les deux accusés, accompagnée d’une amende de 10 millions de FCFA pour chacun d’eux. Le parquet a aussi mis en cause la banque Ecobank, au cœur de ce qui a été qualifié de détournement de fonds, en demandant une amende d'1,2 milliard de FCFA à l’encontre de l’établissement bancaire, responsable du retrait des fonds contestés.
Le tribunal devra également répondre aux demandes de réparation formulées par les parties civiles. Le CN-PPP, victime de ce détournement présumé, réclame la restitution de la somme de 429 millions de FCFA, ainsi que des dommages et intérêts à hauteur de 100 millions de FCFA. L’État de Côte d’Ivoire, également partie civile, a pour sa part demandé la somme de 5 milliards de FCFA, considérant que cette affaire ternit l’image des institutions publiques.
Après plus de deux ans de détention préventive et plusieurs demandes de liberté provisoire refusées, Dali Séné se retrouve, plus que jamais, à un carrefour judiciaire. Cette affaire, surnommée les "429 millions fantômes", aura duré bien au-delà des attentes, et le prononcé du jugement, qu’il soit favorable ou non, marquera un tournant dans cette saga judiciaire. Le 24 mars 2026, une décision finale est attendue, mais le mystère qui plane encore sur cette affaire pourrait bien laisser des questions sans réponses.
Dans les rues d’Abidjan et au-delà, la question reste ouverte : la justice sera-t-elle rendue de manière équitable et transparente ? Cette attente, déjà longue, verra-t-elle un dénouement qui rétablira la confiance dans le système judiciaire ivoirien ? La réponse, qui devrait être donnée demain, pourrait bien être celle de la vérité. Mais dans le climat actuel, seul le temps dira si le verdict du 24 mars 2026 rétablira la justice ou s’il laissera encore une fois des zones d’ombre à éclaircir.
Koné Sériba