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C R O C I N F O S

[TRIBUNE] Tout ça pour ça ? Le peuple, lui, a déjà compris

[TRIBUNE] Tout ça pour ça ? Le peuple, lui, a déjà compris

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La Côte d'Ivoire a franchi de nombreux obstacles, mais la question persiste : "Tout ça… pour ça ?" Le peuple attend une transformation plus concrète et plus juste, mesurée par ce qu'il vit au quotidien.

Par Yaya Fofana, président du Mouvement des Forces d’Avenir

Il est des périodes dans la vie d’une Nation où l’essentiel n’est plus de convaincre, mais de comprendre. Comprendre ce qui unit encore, ce qui fragilise déjà, et ce qui doit être réinventé pour préserver l’avenir.

La Côte d’Ivoire a traversé des épreuves, surmonté des divisions profondes et reconstruit, avec courage, les fondations de son unité. Ce chemin mérite respect. Il constitue un héritage précieux que nous avons le devoir de préserver et de transmettre.

Mais l’histoire d’un peuple ne s’arrête pas à la sortie de crise. Elle se mesure, dans la durée, à sa capacité à transformer la stabilité en prospérité partagée, et l’espérance en réalité vécue.

Aujourd’hui, une interrogation traverse silencieusement notre société. Elle ne crie pas forcément dans les grandes salles. Elle se murmure dans les quartiers, dans les maquis, dans les gbaka, dans les marchés. Elle s’exprime dans les conversations simples, entre frères, entre mères, entre jeunes qui cherchent leur voie.

Elle se résume parfois en une phrase directe, sans détour

“Vrai vrai là… est-ce que ça va vraiment mieux pour nous ?”

Et d’autres vont encore plus loin, avec cette parole qui fait réfléchir tout le monde.


“On voit les milliards circuler, mais dans nos poches, c’est toujours le courant d’air…”

Car au-delà des réalisations visibles, des routes, des ponts et des indicateurs, une Nation se juge aussi à des réalités plus concrètes l’eau qui coule au robinet sans attendre, le courant qui ne s’en va pas au moment le plus important, l’école où l’enfant apprend dans de bonnes conditions, l’hôpital où l’on soigne sans inquiétude, le concours que l’on réussit par mérite et non par relation.

C’est là que se joue la vérité du développement.

Lorsque ces éléments vacillent, même légèrement, c’est toute la perception de l’État qui s’en trouve affectée.

Il ne s’agit pas d’ignorer les progrès accomplis, ni de nier les efforts engagés. Mais il s’agit de reconnaître, avec lucidité, que le développement ne se mesure pas seulement à ce qui se voit, mais surtout à ce qui se vit.

Dans cette perspective, la question de la gouvernance prend une dimension essentielle. Non pas seulement dans ses mécanismes techniques, mais dans son exigence morale.

Quand le citoyen a le sentiment que certains peuvent tout se permettre sans conséquence, pendant que d’autres peinent pour des besoins simples, ce n’est pas seulement une question économique. C’est une question de justice.

Quand un jeune travaille dur mais doute que ses efforts suffisent, ce n’est pas seulement un problème social. C’est une question d’espérance.

Quand une mère se demande comment nourrir sa famille alors que, non loin d’elle, certains affichent une aisance difficile à comprendre, ce n’est pas seulement une perception. C’est un malaise.

Comme nous l’enseigne la sagesse de nos bâtisseurs, la paix véritable ne se résume pas à l’absence de conflit, elle repose sur la justice, l’équité et le respect du bien commun.

C’est pourquoi l’enjeu aujourd’hui dépasse les discours.

Il appelle un approfondissement.

Approfondissement de l’État de droit.

Approfondissement de la justice sociale.

Approfondissement de la confiance.

Cela suppose un nouveau souffle. Non pas dans la rupture, mais dans la vérité.

Car un peuple peut patienter.

Mais il ne peut pas rester indéfiniment dans l’incompréhension.

Un État fort n’est pas celui qui explique tout.

C’est celui qui fait ressentir l’équité.

Un leadership durable n’est pas celui qui parle beaucoup. C’est celui qui rassure dans le concret.

Car au-delà des réalisations visibles, des routes, des ponts et des indicateurs, une Nation se juge aussi à des réalités plus concrètes l’eau qui coule au robinet sans attendre, le courant qui ne s’en va pas au moment le plus important, l’école où l’enfant apprend dans de bonnes conditions, l’hôpital où l’on soigne sans inquiétude, le concours que l’on réussit par mérite et non par relation. C’est là que se joue la vérité du développement.

La Côte d’Ivoire dispose de tous les atouts pour franchir une nouvelle étape. Mais cette étape exige plus qu’une continuité. Elle exige une cohérence plus visible entre ce qui est annoncé et ce que chacun vit au quotidien.

Car au fond, la question que beaucoup se posent, parfois en silence, parfois avec humour, parfois avec lassitude, reste la même.


“Tout ça… pour ça ?”

Cette question n’est pas une attaque.

C’est un appel.

Un appel à faire mieux.

Un appel à faire juste.

Un appel à faire pour tous.

Car une Nation ne se juge pas seulement à ses ambitions.

Elle se juge à la manière dont chaque citoyen ressent sa place en son sein.

Et c’est dans cette justice ressentie que naît la véritable confiance.

Au bout du chemin, ce ne sont ni les discours, ni les promesses qui restent… c’est ce que chaque citoyen ressent dans sa vie Et quand un peuple commence à se poser la même question…c’est que l’Histoire, elle-même, est déjà en train de répondre.


Fait, le 23 mars 2026