Moussa Sanogo, Ministre de la Construction, du Logement, de l'Urbanisme Et du Cadre de vie
À Abidjan, la flambée des loyers met en difficulté de nombreux ménages, relançant le débat sur la nécessité d’une politique publique structurée de l’habitat afin d’encadrer le marché locatif et améliorer l’accès au logement.
Abidjan, le 21 mars 2026 (crocinfos.net) – Face à la hausse des loyers à Abidjan, l’article appelle à une politique publique structurée de l’habitat pour réguler le marché locatif et faciliter l’accès au logement en Côte d’Ivoire.
Le coût élevé des loyers à Abidjan, régulièrement dénoncé par une grande partie des habitants, demeure l’une des préoccupations majeures des ménages urbains.
Cette situation pourrait trouver une réponse durable si les pouvoirs publics, à travers le ministère de la Construction, de l’Urbanisme et du Logement, renforçaient leur action afin de mettre fin à l’anarchie observée depuis plusieurs années dans le secteur de l’habitat.
Dans plusieurs grandes métropoles africaines, la question du logement constitue un défi majeur pour les gouvernements. À titre d’exemple, sous la gouvernance du Président sénégalais Macky Sall, la ville de Dakar était confrontée à des difficultés similaires à celles que connaissent aujourd’hui les habitants de Abidjan.
Les loyers variaient fortement d’une commune à une autre et de nombreux locataires étaient contraints de contracter des prêts pour pouvoir honorer leurs charges locatives.
Dans certains cas, l’accès à un logement exigeait le paiement de six mois, voire d’une année complète de loyer d’avance.
En Côte d’Ivoire, sous la gouvernance du Président Alassane OUATTARA, une amélioration a été enregistrée avec la réglementation fixant les conditions de location à deux mois d’avance, deux mois de caution et un mois d’agence, soit un total de cinq mois. Toutefois, l’application effective de cette mesure reste inégale en raison de la réticence de certains propriétaires à s’y conformer.
Il convient également de souligner qu’à ce jour, la Côte d’Ivoire ne dispose pas véritablement d’une politique publique structurée de l’habitat et du logement.
Le pays s’appuie plutôt sur un programme présidentiel de logements sociaux, autour duquel plusieurs réformes sont mises en œuvre pour améliorer l’exécution des projets.
Pourtant, au lendemain de l’indépendance, certaines sociétés immobilières publiques avaient permis à de nombreux Ivoiriens d’accéder à des logements à coût relativement abordable.
Des structures telles que la SICOGI actuellement ANAH ou la SOGEFIHA jouaient un rôle important dans la production de logements destinés aux classes moyennes et modestes.
À cette époque, ces sociétés bénéficiaient de prêts à long terme qui leur permettaient de produire des logements accessibles.
Par ailleurs, l’État contribuait également à leur financement à travers certaines ressources nationales, notamment celles issues des filières agricoles telles que le café et le cacao.
Aujourd’hui, les conditions de financement ont profondément évolué. Les emprunts sont majoritairement accordés sur des périodes beaucoup plus courtes, ce qui limite considérablement la capacité des sociétés immobilières à proposer des logements à des prix abordables. Dans ce contexte, et en l’absence d’une politique publique globale de l’habitat, l’accès au logement devient de plus en plus difficile pour de nombreux ménages.
Face à cette situation, plusieurs mesures pourraient être envisagées pour améliorer l’accès au logement.
Il s’agirait notamment de réduire le coût du foncier, d’envisager une détaxation partielle de certains matériaux de construction, d’alléger certaines charges fiscales liées au foncier et de renforcer les mécanismes de financement du logement social.
Par ailleurs, la régulation du marché locatif demeure un défi pour les autorités publiques.
L’État rencontre des difficultés à encadrer efficacement les loyers, notamment en raison de l’absence d’un observatoire urbain chargé de collecter des données fiables sur le marché immobilier. Un tel outil permettrait d’analyser l’évolution des prix, d’identifier les déséquilibres entre l’offre et la demande et de proposer des recommandations aux pouvoirs publics afin de faciliter la prise de décision.
La question du rééquilibrage territorial pourrait également contribuer à réduire la pression immobilière sur la capitale économique.
Le transfert effectif de la capitale politique à Yamoussoukro pourrait, à terme, favoriser une redistribution des activités administratives et institutionnelles et contribuer à atténuer la pression foncière et immobilière à Abidjan.
Enfin, l’application rigoureuse des dispositions réglementaires en matière de location reste essentielle.
Les services compétents du ministère de la Construction, de l’Urbanisme et du Logement devraient veiller au respect des règles en vigueur et sanctionner les contrevenants afin de restaurer la confiance dans le marché locatif.
Certes, la Côte d’Ivoire a fait le choix d’un modèle économique libéral depuis son indépendance. Toutefois, face à la cherté croissante de la vie, l’État ne peut rester en retrait. Gouverner, c’est aussi planifier et anticiper afin d’apporter des réponses structurelles aux préoccupations des citoyens.
Dans ce contexte, l’organisation d’une large concertation nationale sur la politique de l’habitat et du logement apparaît aujourd’hui comme une nécessité.
Une telle initiative permettrait de jeter les bases d’une véritable politique publique du logement capable de garantir, à moyen et long terme, un accès plus équitable et plus abordable au logement pour les populations ivoiriennes.
Par Ange DJENI, Journaliste et Analyste Politique