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C R O C I N F O S

[Tribune] Quand le peuple reprend son destin, l’histoire s’incline

[Tribune] Quand le peuple reprend son destin, l’histoire s’incline

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La Côte d'Ivoire se trouve à un tournant historique. Alors que le peuple cherche à retrouver sa souveraineté, la question de l'alternance démocratique s'impose comme une nécessité pour garantir la paix et la stabilité future.

Par Yaya Fofana, président du MFA

Il y a des signes que seuls les peuples ressentent avant que les dirigeants ne les comprennent. Aujourd’hui, en Côte d’Ivoire, quelque chose a changé. Ce n’est pas encore visible dans les institutions. Ce n’est pas encore audible dans les discours officiels. Mais c’est déjà palpable dans le cœur des gens. Dans les quartiers, dans les maquis, dans les gbakas, dans les marchés, une question s’installe lente, profonde, irréversible. Est-ce que ce pays est encore entre nos mains ? Et il faut le dire sans détour. Quand un peuple commence à se poser cette question, ce n’est plus une opinion.


C’est une alerte

Une alerte que l’histoire a toujours prise au sérieux… même quand les dirigeants ont choisi de l’ignorer. Le danger n’est pas dans ce qui est dit publiquement. Le danger est dans ce qui circule silencieusement dans les esprits. Car un peuple peut supporter beaucoup. Il peut patienter. Il peut encaisser. Mais il y a une ligne invisible qu’il ne franchit jamais sans conséquence celle où il ne se reconnaît plus dans son propre destin. Le jour où un peuple ne se reconnaît plus dans le choix de ses dirigeants, ce n’est plus un malaise. C’est le début d’un divorce historique. Et les divorces entre un peuple et son pouvoir ne se négocient pas. Ils s’imposent. La question aujourd’hui n’est donc pas politique. Elle est existentielle. Qui décide vraiment ? Pour qui décide-t-on ? Et surtout au nom de qui gouverne-t-on ? Car la souveraineté n’est pas un slogan. C’est une réalité vécue ou une illusion entretenue. Un peuple à qui l’on retire le sentiment de décider, on ne le gouverne plus. On le contient. Et aucun pays ne se construit durablement dans la contention.


Il faut le dire avec gravité

La transmission du pouvoir qui s’annonce n’est pas une formalité. Ce n’est pas une procédure. Ce n’est pas un calendrier. C’est un test de vérité. Un test pour savoir si la nation appartient encore à son peuple…ou si elle est devenue un espace de décisions sans visage. Une transmission mal assumée ne crée pas seulement des tensions. Elle crée des précédents. Et les précédents, en politique, deviennent toujours des lois silencieuses. Ce que vous installez aujourd’hui comme méthode, l’histoire l’imposera demain comme règle. C’est là que réside le véritable danger. Car un peuple peut accepter une situation exceptionnelle. Mais il n’accepte jamais qu’elle devienne la norme. Alors oui, il faut entendre ce qui monte. Pas les discours officiels. Pas les analyses de circonstance. Mais ce murmure profond qui traverse le pays. Ce murmure qui dit simplement. Nous voulons être respectés dans notre propre destin. Et ce message s’adresse à tous ceux qui ont aujourd’hui la responsabilité de l’État.


Pas pour être contestés

Mais pour être à la hauteur. Car l’histoire ne juge pas les intentions. Elle juge les actes. Et surtout elle juge les moments. Celui qui rate un moment historique ne perd pas seulement le pouvoir. Il perd sa place dans l’histoire. La Côte d’Ivoire est à un tournant. Pas un tournant politique. Un tournant historique. Et dans ces moments-là, il n’y a que deux chemins

Celui où le pouvoir accompagne le peuple dans la clarté, la dignité et la vérité ou celui où le peuple finit par reprendre ce qui lui appartient… autrement. Mais il existe une voie plus grande encore. Une voie plus forte. Une voie plus redoutable. L’alternance démocratique. Pas comme un slogan. Pas comme un mot qu’on prononce pour rassurer. Mais comme une arme silencieuse du peuple. L’alternance, c’est le moment où le peuple reprend sans violence ce qu’on croyait lui avoir retiré sans conséquence. C’est la preuve vivante que la souveraineté ne meurt jamais. Qu’elle attend. Qu’elle observe. Et qu’elle s’exprime au moment décisif.

Refuser l’alternance, c’est retarder une vérité.

L’accepter, c’est consolider une nation. Car une démocratie sans alternance n’est pas une démocratie apaisée. C’est une démocratie sous tension. Et une tension prolongée finit toujours par chercher une issue. Alors oui, il faut le dire avec responsabilité. L’alternance n’est pas une menace pour le pouvoir. Elle est sa protection la plus intelligente. Elle évite les ruptures. Elle évite les fractures.

Elle évite que le peuple ne reprenne brutalement ce qu’il peut reprendre pacifiquement. Parce qu’au fond, le peuple a toujours le dernier mot. Pas dans le bruit. Mais dans le temps. Et comme l’enseignait la sagesse de nos pères bâtisseurs la paix ne se maintient pas par la force, elle se construit par la justice, la confiance et le respect du peuple. On peut contenir un peuple un moment. On peut détourner son regard un temps. Mais on ne peut jamais, durablement, lui retirer sa souveraineté. Car tôt ou tard, par l’alternance ou par l’histoire, le peuple finit toujours par redevenir propriétaire de son destin.


Fait, le 16 avril 2026