favicon
C R O C I N F O S

[Orpaillage illégal en Côte d’Ivoire/Analyse] Quand l’État ivoirien est rattrapé par son laxisme (2e partie)

[Orpaillage illégal en Côte d’Ivoire/Analyse] Quand l’État ivoirien est rattrapé par son laxisme (2e partie)

À titre d'illustration

Dans la 2e partie de notre analyse, découvrez comment, malgré les opérations de démantèlement et le renforcement du cadre juridique, l’orpaillage illégal continue de s’étendre en Côte d’Ivoire. Cette progression met en évidence les limites d’une lutte essentiellement centrée sur les sites, face à des réseaux économiques structurés et à des conséquences environnementales toujours plus préoccupantes.

L’augmentation des sites d’orpaillage illégal malgré les dispositifs de lutte

Malgré la multiplication des initiatives publiques, les données disponibles montrent que l’orpaillage illégal a continué à progresser sur le territoire ivoirien.

Les chiffres avancés dans le débat public illustrent cette évolution. En 2023, les autorités avaient indiqué avoir traité 1 098 sites d’orpaillage illégal répartis dans 302 localités, couvrant 25 régions administratives ainsi que le district autonome de Yamoussoukro. Au cours des dix premiers mois de cette même année, plusieurs centaines d’interpellations avaient été annoncées ainsi que des saisies de matériels utilisés pour l’exploitation clandestine.

Cependant, les années suivantes ont été marquées par une augmentation importante du nombre de sites recensés. Selon certaines données citées dans les analyses publiques, le nombre de sites identifiés serait passé de 1 098 en 2021 à plus de 8 000 en 2025.

Cette progression soulève une interrogation centrale : pourquoi les opérations de démantèlement successives ne parviennent-elles pas à enrayer durablement le phénomène ?

L’analyse des mécanismes montre que la destruction d’un site d’exploitation ne suffit pas à faire disparaître une activité qui repose sur une chaîne économique complète. Derrière chaque site se trouvent des besoins en équipements, en carburant, en financement, en transport et en circuits d’écoulement de l’or extrait.

La question n’est donc plus seulement celle des personnes présentes sur les sites, mais celle des réseaux économiques qui permettent leur fonctionnement.


Des conséquences environnementales de plus en plus visibles

L’impact environnemental constitue aujourd’hui l’une des préoccupations majeures liées à l’orpaillage illégal.

Les bassins du Bandama, de la Comoé, du Sassandra et du Cavally figurent parmi les zones particulièrement exposées. Les activités minières clandestines entraînent plusieurs formes de dégradation : modification des lits des cours d’eau, augmentation de la turbidité, accumulation de boues, destruction du couvert végétal et dégradation des sols.

La question de la qualité de l’eau est devenue particulièrement sensible. Dans certaines localités, les autorités ont dû faire face à des inquiétudes liées à l’état des ressources hydriques utilisées par les populations.

Le cas d’Agboville illustre cette problématique. En août 2026, une alerte avait été donnée concernant une forte turbidité de l’eau brute ayant compliqué son traitement. Des analyses ultérieures communiquées par les structures compétentes avaient toutefois conclu à une conformité de l’eau destinée à la consommation.

Cette succession d’informations démontre la nécessité d’une surveillance permanente et d’une communication publique fondée sur des données scientifiques actualisées.

Au-delà de la pollution de l’eau, les conséquences concernent également les terres agricoles. Les excavations laissées ouvertes, le décapage des sols et les résidus issus de l’exploitation minière compromettent la capacité de certaines zones à retrouver leur usage initial.

La restauration de ces espaces nécessite généralement des opérations lourdes : remblaiement des fosses, traitement des sols, restauration du drainage naturel, reboisement et suivi environnemental sur plusieurs années.


Un cadre juridique existant mais confronté au défi de l’application

La Côte d’Ivoire dispose pourtant d’un arsenal juridique destiné à encadrer l’exploitation minière et protéger l’environnement.

La lutte contre les exploitations minières illégales repose notamment sur le Code minier issu de la loi n°2014-138 du 24 mars 2014, renforcé par plusieurs textes complémentaires, ainsi que sur le Code de l’environnement adopté en 2023.

Le problème ne réside donc pas uniquement dans l’absence de règles, mais dans leur application effective sur le terrain.

L’enjeu consiste désormais à dépasser une approche limitée aux opérations de fermeture de sites pour s’intéresser à l’ensemble de la chaîne :

  1. les sources de financement ;
  2. les fournisseurs d’équipements ;
  3. les circuits d’achat de l’or ;
  4. les mécanismes de transport et de commercialisation.

Une politique efficace suppose également une meilleure traçabilité de l’or produit afin de distinguer clairement les activités légales des exploitations clandestines.


Sériba Koné