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C R O C I N F O S

[Blanchiment de capitaux] Me Abdoulaye Ben Méité dénonce les fortunes inexpliquées

[Blanchiment de capitaux] Me Abdoulaye Ben Méité dénonce les fortunes inexpliquées

Me Abdoulaye Ben Méité dénonce les fortunes inexpliquées. Ph.Dr.

Lors d’une conférence sur le blanchiment de capitaux, Me Abdoulaye Ben Méité a dénoncé les enrichissements inexpliqués de certains responsables publics, appelant à davantage de transparence sur l’origine des fortunes et la gestion des ressources publiques.

ABIDJAN (Côte d’Ivoire), 28 juillet 2026 (crocinfos)---Invité par le Conseil national des jeunes de Côte d’Ivoire à intervenir sur le blanchiment de capitaux, Me Abdoulaye Ben Méité a livré, le 27 juillet 2026, une communication qui a rapidement dépassé le cadre pédagogique annoncé. Devant un auditoire composé majoritairement de jeunes, l’avocat a choisi d’illustrer son propos par des exemples inspirés de la gestion publique et de l’enrichissement supposé de certains responsables proches du pouvoir.

Dès l’ouverture, l’homme de droit a salué l’intérêt de la jeunesse pour une problématique à la fois économique, pénale et institutionnelle. Il a ensuite proposé une définition accessible du blanchiment de capitaux, qu’il a présenté comme la détention ou l’utilisation de ressources dont l’origine licite ne peut être démontrée.

Selon lui, l’argent peut être considéré comme « sale » lorsqu’il provient directement d’une infraction, notamment d’un crime, d’un détournement ou d’un acte de corruption. Il a également évoqué l’hypothèse d’un blanchiment dit autonome, dans laquelle une personne ne serait pas en mesure de justifier la légitimité de fonds ou de biens manifestement disproportionnés par rapport à ses revenus déclarés.

Le conférencier a alors pris une orientation plus politique. Sans citer nommément de responsable, il a dénoncé le comportement de cadres nommés à la tête d’entreprises ou d’institutions publiques qui détourneraient des ressources mises à leur disposition. Il a notamment critiqué l’usage d’actions sociales, religieuses ou caritatives pour bâtir une réputation de générosité alors que les fonds mobilisés pourraient provenir de ressources publiques illicitement soustraites.

Pour Me Abdoulaye Ben Méité, le financement de voyages religieux, l’acquisition d’immeubles ou l’accumulation de sommes importantes sur des comptes bancaires doivent susciter des interrogations lorsque le niveau de fortune ne correspond pas aux revenus officiels de l’intéressé. Il a ainsi appelé les jeunes à ne pas confondre réussite sociale, générosité publique et probité dans la vie publique.


Un discours politique sous couvert de pédagogie juridique

À mi-parcours, l’intervention a pris la forme d’une mise en garde contre la banalisation de l’enrichissement inexpliqué. L’avocat a reproché à une partie de l’opinion publique d’admirer les signes extérieurs de richesse sans s’interroger sur leur origine. Il a illustré son propos par le cas d’un agent percevant 300 000 francs CFA par mois, mais disposant d’un immeuble ou de 100 millions de francs CFA sur un compte bancaire.

Sur le plan juridique, une disproportion entre les revenus déclarés et le patrimoine détenu ne suffit pas à établir une infraction. Elle peut toutefois constituer un indice justifiant des vérifications patrimoniales. Toute procédure doit respecter les droits de la défense, la présomption d’innocence et l’exigence de preuve.

Les propos de Me Abdoulaye Ben Méité ont relancé le débat sur la transparence dans la gestion publique, le contrôle du patrimoine des responsables et l’efficacité des mécanismes de lutte contre les flux financiers illicites. Son intervention vise aussi une pratique répandue : la valorisation du « nouveau riche » selon ses dépenses visibles, sans examen de la cohérence entre sa fortune, son activité et ses revenus légaux.

En ciblant implicitement certains bénéficiaires de nominations politiques sous le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix, l’avocat a placé le pouvoir face à une question sensible : la traçabilité des fortunes constituées. Toutefois, aucun nom, dossier judiciaire ni élément matériel précis n’a été présenté dans les déclarations rapportées.


Athanase Kangah