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[Filière Cacao] La campagne intermédiaire en péril, l’OIC toujours dans l’impasse

[Filière Cacao] La campagne intermédiaire en péril, l’OIC toujours dans l’impasse

À titre d'illustration

La crise du cacao en Côte d'Ivoire persiste alors que l’OIA dénonce l'inaction du Conseil Café-Cacao, malgré un déblocage de 280 milliards FCFA. La campagne intermédiaire est menacée sans solution claire.

Abidjan, le 2 mars 2026 (crocinfos)- La crise du cacao continue de secouer la Côte d'Ivoire. Malgré l’engagement de l’État, qui a débloqué 280 milliards de FCFA pour régler les flux de cacao déjà livrés par les producteurs, les tensions restent vives dans le secteur. Selon l’Organisation interprofessionnelle agricole (OIA), la situation s’enlise, aggravée par l'inaction du Conseil Café-Cacao (CCC), dont l'absence persistante retarde les paiements et menace la campagne intermédiaire.

Le ministre Bruno Koné a récemment annoncé que 40 000 tonnes supplémentaires de cacao étaient en cours d'enlèvement, un effort qui s’inscrit dans un programme global visant à stabiliser le marché. Cependant, l’OIA, sous la direction de son président Diakité Sidiki, dénonce un retard de paiement et l'absence de réponses concrètes du CCC.

Lors d’une conférence de presse prévue à 11h00 le lundi 2 mars, les membres de l’OIA se sont présentés presque deux heures plus tard, la tension palpable dans la salle de conférence de l’immeuble CAISTAB au Plateau. Diakité Sidiki a expliqué que des rencontres avaient eu lieu à la Primature ce même matin, où des discussions avaient été engagées avec les autorités pour résoudre la situation. Il a fait part de son incompréhension quant à l'absence de réponse sur les paiements dus aux producteurs, soulignant qu’aucune somme n’a été versée malgré les 280 milliards décaissés par l’État.

Le président de l’OIA a précisé que 60 000 tonnes de fèves restaient stockées en attendant leur livraison, mais que le CCC, responsable du règlement des flux de cacao, ne remplissait pas ses engagements. “Nous avons déchargé 12 000 tonnes, et il nous reste 40 000 tonnes pour la grande campagne. Le CCC devait valider 1500 connaissements, mais ce matin, nous avons constaté une absence totale de leur part", a déploré Sidiki.

De son côté, Marc Daniel Bouabré, Secrétaire général de l’OIA, a ajouté que lors de leur rencontre avec le CCC et le Comité interministériel, l'OIA avait validé le déchargement de 12 000 tonnes de cacao sur les 40 000 tonnes initialement prévues. Cependant, il a fait état de dysfonctionnements dans le système de validation des connaissements, une situation qui a semé la confusion parmi les producteurs et coopératives. "Le CCC ne respecte pas ses engagements, et la commercialisation intérieure est dans une impasse", a-t-il ajouté.

En arrière-plan, l'inquiétude des producteurs reste palpable. Jean Adéya, délégué de l'OIA à Bongouanou, a exprimé son ras-le-bol face à l'inefficacité du système et à l'absence de paiements pour les fèves déjà livrées. "Les stocks sont toujours là, et il n'est plus question de livrer pour la campagne intermédiaire tant que nos dettes ne sont pas réglées", a-t-il insisté.

Alors que l’État, à travers le ministre de l’Agriculture, assure que les paiements en retard seront réglés grâce aux réserves constituées lors des précédentes campagnes, la méfiance des producteurs demeure. Ces derniers craignent une baisse du prix de vente fixé à 2 800 FCFA le kilo, prix garanti par le Président Ouattara. "Nous attendons des garanties claires", a martelé Cissé Hassan, membre de la coopérative Kayimba.

Le gouvernement ivoirien, pour sa part, annonce des mesures pour racheter les fèves invendues, un effort évalué à 430 millions d’euros. La décision du Conseil Café-Cacao sur le dénouement de cette crise est attendue avec impatience. Si la situation ne se débloque pas rapidement, la campagne intermédiaire, qui devait commencer début mars, pourrait être gravement affectée, mettant à mal l’ensemble de la filière.

La conférence du CCC, dont l’annonce est attendue, devrait situer les acteurs du secteur quant à la solution finale pour la crise du cacao, alors que l’OIA reste sur ses gardes, déterminée à défendre les intérêts des producteurs.


Médard KOFFI