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De ses débuts en 1986 à la célébration de ses 40 ans de carrière en 2026, Ismaël Isaac revient sur un parcours marqué par le reggae, les frères Keïta, des rencontres déterminantes, des épreuves personnelles et une volonté constante de voir la musique reggae ivoirienne assurer sa relève.
Abidjan, le 16 septembre 2026 (crocinfos.net) — Quarante ans après ses premiers pas dans la musique, Ismaël Isaac s’apprête à franchir une nouvelle étape majeure de sa carrière. Le chanteur reggae ivoirien, affectueusement surnommé le « Ganganba de Treichville », célèbre en 2026 quatre décennies de présence sur la scène musicale.
Cette célébration doit connaître son point culminant lors d’un grand concert annoncé le 7 novembre 2026 au Parc des Expositions d’Abidjan. L’événement s’inscrit dans une année particulière pour l’artiste, qui entend revisiter les grandes étapes de son parcours, rendre hommage à ceux qui l’ont accompagné et ouvrir une réflexion sur l’avenir du reggae ivoirien.
1986-2026 : quatre décennies d’une carrière construite dans la persévérance
Pour Ismaël Isaac, atteindre 40 ans de carrière constitue avant tout une grâce. L’artiste dit mesurer le chemin parcouru et remercie Dieu de lui avoir accordé la force et surtout la santé nécessaires pour traverser quatre décennies dans un milieu où la longévité demeure un véritable défi.
À ses yeux, cette longévité repose également sur une valeur essentielle : le respect. Respect des devanciers, respect des autres artistes et respect de tous ceux qui contribuent à la vie musicale.
« 1986-2026. Ça fait effectivement 40 ans de carrière », résume-t-il, avant de souligner que même cinq ou dix années dans le métier ne sont pas toujours faciles à franchir.
Ces quatre décennies sont donc, pour lui, bien plus qu’un simple anniversaire artistique. Elles constituent le résultat d’un parcours jalonné de choix, de rencontres, de succès, mais également d’épreuves.
De la polio à la scène : une enfance marquée par la résilience
Derrière l’artiste reconnu se trouve une histoire personnelle particulièrement éprouvante. Septième enfant de sa famille, Ismaël Isaac raconte avoir été atteint de la polio alors qu’il était encore enfant, dans un contexte où il n’avait pas été vacciné.
Cette situation avait suscité l’inquiétude de ses proches. Son père se demandait notamment s’il pourrait un jour marcher. Sa mère, en revanche, ne renonce pas. Elle l’accompagne régulièrement à l’hôpital pour les séances de rééducation.
Un médecin français qui le suivait aurait alors encouragé la famille en estimant que, malgré son handicap, l’enfant finirait par se tenir debout.
Le chanteur garde en mémoire le jour où il a finalement réussi à faire quelques pas. Un moment qui, selon son récit, avait profondément ému ses parents.
Avec le recul, Ismaël Isaac considère cette étape comme l’un des premiers signes de la force qui allait caractériser son parcours. Celui qui était autrefois au centre des inquiétudes familiales estime aujourd’hui être devenu une source de fierté pour les siens.
Père de quatre filles et d’un garçon, il dit se considérer comme un homme heureux et comblé.
Les frères Keïta, une histoire indissociable de ses 40 ans de carrière
Impossible, pour Ismaël Isaac, d’évoquer ses quatre décennies de musique sans parler des frères Keïta.
Son aventure musicale est étroitement liée à Hussein et Hassan Keïta, avec lesquels il a formé un groupe à trois. À l’origine, pourtant, Ismaël Isaac envisageait une carrière solo.
C’est Hussein, qui fréquentait la même cour que lui à Treichville, qui lui propose de s’associer à son frère jumeau Hassan. La proposition donne naissance à une aventure musicale qui marquera les débuts du futur « Ganganba ».
Ismaël Isaac se souvient notamment de son admiration pour le groupe sénégalais Touré Kunda, qui avait contribué à nourrir son envie de travailler en groupe.
L’histoire avec les frères Keïta connaîtra cependant une issue tragique. Fousseny Keïta décède en 1989, tandis que Hassan disparaît en 2023.
Quarante ans après ses débuts, Ismaël Isaac continue néanmoins de considérer cette période comme une composante essentielle de son identité artistique.
Le concert d’Amnesty International, un tournant décisif
Parmi les souvenirs les plus marquants de ses 40 ans de carrière, l’artiste cite sa participation à un concert d’Amnesty International organisé au stade Félix Houphouët-Boigny dans les années 1980.
Il raconte qu’alors qu’il se préparait à assister au spectacle, une animatrice de RFI accompagnée de Yves Zogbo Junior serait venue lui annoncer qu’il devait remplacer Alpha Blondy, absent.
Cette invitation inattendue constitue, selon lui, un véritable déclic.
Ses musiciens, initialement surpris par cette opportunité, finissent par prendre confiance. Ismaël Isaac monte sur scène et vit un moment qui va changer sa perception de sa propre carrière.
Il affirme que c’est à partir de cette expérience qu’il commence véritablement à prendre conscience de ses capacités et à accorder davantage de sérieux à son parcours musical.
Quarante ans de reggae ivoirien : Ismaël Isaac s’inquiète pour la relève
Au-delà de son propre parcours, Ismaël Isaac porte aujourd’hui un regard critique sur l’évolution du reggae en Côte d’Ivoire.
Il rappelle plusieurs générations d’artistes qui ont contribué à faire vivre le genre dans le pays, citant notamment Alpha Blondy, Abou Smith, Serge Kassi, Abraham Moussa, Hamed Farras, Tiken Jah, Kajeem, Ras Goody, Fadal Dey, Tangara Speed Ghôda et Jim Kamson.
Mais pour le chanteur, le principal enjeu se situe désormais au niveau de la relève.
Il estime que le nombre d’artistes reggae véritablement visibles s’est réduit et considère que l’avenir du genre pourrait être fragilisé si les jeunes générations ne prennent pas davantage le relais.
Le reggae ivoirien conserve toutefois, selon lui, une place importante sur la scène internationale. Il estime qu’Abidjan demeure une ville majeure du reggae, derrière Kingston et Londres, tout en appelant les jeunes artistes à travailler davantage, à créer et surtout à croire en leur propre identité musicale.
« Il faut oser » : son regard sur la nouvelle génération
Ismaël Isaac appelle ainsi les jeunes artistes reggae à ne pas se laisser décourager par ceux qui estiment que cette musique ne fait plus recette.
Pour illustrer son propos, il cite l’exemple du rappeur ivoirien Himra, dont il salue l'audace artistique et le choix de défendre une identité rap assumée.
Cette admiration s’est concrétisée par une collaboration entre les deux artistes sur le titre « Le temps appartient à Dieu ».
Selon Ismaël Isaac, cette collaboration est également liée à la relation affective que la mère de Himra entretient avec sa musique depuis les débuts du jeune artiste.
Ce featuring traduit, à ses yeux, une possibilité de dialogue entre générations et entre différents univers musicaux.
40 ans : un concert et des retrouvailles annoncées
Pour célébrer cette longue carrière, Ismaël Isaac annonce plusieurs surprises.
Des figures majeures du reggae ivoirien devraient être associées à la célébration, notamment Alpha Blondy et Tiken Jah Fakoly. Des artistes issus du rap, dont Himra, ainsi que des représentants du zouglou sont également annoncés dans le projet de célébration.
Le concert des 40 ans est désormais annoncé pour le 7 novembre 2026 au Parc des Expositions d’Abidjan.
L'événement doit constituer un moment de retrouvailles entre l'artiste, ses confrères et son public après quatre décennies d'une carrière construite entre Treichville, la Côte d'Ivoire et les scènes musicales.
Un coffret de 40 titres pour raconter quatre décennies
La célébration ne devrait pas se limiter à un concert.
Ismaël Isaac annonce également la préparation d’un nouveau single ainsi que d’un coffret regroupant 40 titres sélectionnés parmi les classiques de sa discographie, de 1986 à 2026.
Le choix de 40 morceaux pour symboliser 40 années de carrière donne ainsi une dimension particulière au projet : permettre aux mélomanes de revisiter les différentes périodes de son parcours à travers les chansons qui ont marqué son public.
L’accident de 2015 et les années difficiles
Les quatre décennies de carrière d’Ismaël Isaac ont également été traversées par des moments douloureux.
L’artiste revient notamment sur son grave accident de 2015, au cours duquel il a perdu un proche. Cette disparition demeure, selon son témoignage, l’un des souvenirs les plus douloureux de cette période.
Après l’accident, sa carrière musicale est également perturbée. Il explique que la promotion de l’un de ses albums n’a pas pu être menée comme prévu en raison de problèmes de santé.
Il évoque notamment plusieurs interventions médicales après la découverte d’une tumeur et affirme avoir subi trois opérations, en France et au Maroc, ainsi qu’une radiothérapie lors de la troisième intervention en France.
Aujourd’hui, il dit avoir retrouvé une meilleure situation et souligne ne plus prendre de calmants depuis plusieurs années.
40 ans après, une carrière entre reconnaissance et transmission
À l’heure de célébrer ses 40 ans de carrière, Ismaël Isaac regarde donc à la fois derrière lui et vers l’avenir.
Derrière lui, quatre décennies de reggae, des rencontres fondatrices, les souvenirs des frères Keïta, des concerts marquants, des succès et des épreuves personnelles.
Devant lui, la transmission apparaît comme l’un des principaux enjeux. L’artiste souhaite voir émerger une nouvelle génération capable de porter le reggae ivoirien et de lui assurer une continuité.
De 1986 à 2026, le parcours d’Ismaël Isaac se lit ainsi comme une histoire de persévérance. Une histoire commencée à Treichville, construite dans la musique reggae et poursuivie malgré les difficultés.
À 40 ans de carrière, le « Ganganba de Treichville » ne célèbre donc pas uniquement le temps écoulé. Il célèbre également une passion, des rencontres, une fidélité au reggae et une volonté de transmettre aux générations futures.
Source : entretien de Patrick Bouyé publié par Le Méridien, le 9 février 2026.