Les entraîneurs François Zahui et...
Entre autorité affaiblie, pressions internes et intérêts personnels, les sélectionneurs africains peinent parfois à imposer leurs choix, compromettant discipline, mérite et performance, malgré les exemples inspirants d’Hervé Renard et François Zahoui sur le continent africain. L’analyse de Babou Eric.
Par Babou Eric
Le problème de nombreux sélectionneurs africains et de certains expatriés réside essentiellement dans un manque d'autorité et, parfois, dans une trop grande sensibilité aux intérêts personnels.
Lorsqu'un responsable n'a pas l'autorité nécessaire pour imposer ses choix, il finit par céder aux pressions de toutes sortes. Et lorsque l'intérêt financier prend le dessus sur l'intérêt collectif, les compromis deviennent la règle au détriment de la compétence, de la méritocratie et de la performance.
Deux cas me viennent immédiatement à l'esprit.
Hervé Renard
Hervé Renard restent un modèle de résilience face aux pressions tout azimut
Par son autorité et son charisme naturel, il a su imposer le respect à sa hiérarchie et surtout au vestiaire. Cela s'est ressenti dans la discipline tactique affichée sur le terrain. Comme quoi, les joueurs africains peuvent être disciplinés et concentrés.
Quand on analyse le parcours de ces deux sélectionneurs, on retrouve une partie des raisons de nos succès... mais aussi de nos échecs lorsque ces qualités disparaissent.
Son indépendance lui a permis de réussir en Afrique, à l'image d'un certain Philippe Troussier. Il ne donnait pas l'impression d'être là pour plaire à tout le monde, mais pour gagner.
François Zahoui
Sa force de caractère et son vécu lui ont donné l'autorité indispensable face à des joueurs et des dirigeants qui méprisent souvent les sélectionneurs locaux.
Au-delà de son expertise, il a su imposer son autorité, ce qui lui a sans doute coûté son poste. Il n'a pas fait dans la compromission, contrairement à ce que l'on reproche souvent à certains sélectionneurs locaux contraints de composer avec leur environnement.
Quand on analyse le parcours de ces deux sélectionneurs, on retrouve une partie des raisons de nos succès... mais aussi de nos échecs lorsque ces qualités disparaissent.
Le dernier cas en date a surfé sur le travail de sélection effectué par Jean-Louis Gasset et, il faut le reconnaître, a mis en évidence son expertise en remportant la CAN à domicile.
Mais j'ai bien peur que les deux maux évoqués plus haut l'aient finalement rattrapé.
Pendant la CAN, nous avons vu un entraîneur qui avait faim. Un coach autoritaire au point de sortir du onze son capitaine Franck Kessié, piquant ainsi son orgueil. Un entraîneur qui osait prendre ses responsabilités dans ses changements, lesquels se sont souvent révélés décisifs.
Aujourd'hui, je me demande si le nouveau contrat que nous avons tous réclamé pour lui ne l'a pas, d'une certaine manière, muselé ou fragilisé.
Car, soyons honnêtes : combien sommes-nous à pouvoir conserver la même liberté de ton, la même fermeté et la même indépendance face à un employeur qui a doublé, voire triplé notre salaire ? Combien d'entre nous refuseraient tout compromis dans une telle situation ?
Je me demande également si son statut de champion d'Afrique et de patron incontesté n'a pas contribué à faire baisser son niveau d'exigence.
Une chose est sûre : nous retrouvons aujourd'hui les mêmes causes.
Et comme souvent dans le football, les mêmes causes produisent les mêmes effets.