[Côte d’Ivoire Tribunal du Plateau] Yodé et Siro ont fait le concert demandé par le procureur

[Côte d’Ivoire Tribunal du Plateau] Yodé et Siro ont fait le concert demandé par le procureur

Abidjan, le 4-12-2020 (https://crocinfos.net/) Les artistes zouglou, Yodé et Siro, ont été condamnés jeudi 3 décembre 2020, à Abidjan à 12 mois d’emprisonnement avec sursis et à 5.000.000 FCFA d’amende chacun pour outrage à magistrat, troubles à l’ordre public et diffamation.

Dimanche 29 novembre, lors d’un concert à l’espace Internat Yopougon Niangon à Gauche, dans la grande commune de Yopougon, les artistes zouglou, Dally Djédjé Gervais dit Yodé, et Aba Sylvain Decavailles connu sous le nom d’artiste, Siro, ont fait l’erreur de dénoncer, haut et fort devant un public en effervescence acquis à la cause, ce que certaines personnes dénoncent entre quatre murs, des attitudes du procureur de la République, Richard Adou : ‘’Le procureur (Adou Richard, ndlr), il n’est plus procureur ? Il est procureur d’un seul camp. C’est quel pays ça là ? Allez dire au procureur Adou Richard qu’un mort, c’est un mort, on ne passe pas son temps à chercher les petits Baoulés dans les villages pendant que d’autres sont ici avec des machettes et sont en train d’attaquer de pauvres gens’’.

En tenant un tel propos, les artistes zouglou, dont les sorties sont toujours dérangeantes et tonitruantes, étaient loin de s’attirer la colère du procureur de la République. Ils ont été gardés à vue toute la nuit du 2 décembre après avoir été entendus à la section de recherches de la gendarmerie du Plateau pour ‘’enquête judiciaire’’ dans la journée, pour comparaître devant la justice, le jeudi 3 décembre.

Selon l’un du conseil d’avocats de Yodé et Siro, Me Jean-Serge Gbougnon, ils ont été entendus pour outrage à magistrat, troubles à l’ordre public et diffamation.

Au terme d’un long procès, le Palais de justice s’est transformé un lieu de spectacle où, artistes chanteurs, danseurs, arrangeurs, promoteurs d’artistes, fans et journalistes se sont donné rendez-vous. Les vrais acteurs des grands concerts étaient, presque tous présents. Il ne restait que le son pour donner un spectacle gratuit au nom du procureur.

Sur les réseaux sociaux, surtout Facebook, la mobilisation pour la libération de Yodé et Siro se multipliait et la décision du procureur prenait l’eau de toute part.

À travers des vidéos et des posts, ‘’le concert’’ était donné gratuitement. Petit Denis (Denco), Power du groupe RAS et bien d’autres dont la star du Reggae, Tiken Jah martelait ceci : ‘’Libérez Yodé et Siro! En tant qu’artistes engagés, ils n’ont fait que dire ouvertement ce que pensent certains Ivoiriens.’’

L’essence du zouglou face à la loi

Pour certains internautes de la société civile comme  Théodore Gnagna Zadi, ce procès inédit marque un tour de vis supplémentaire des pouvoirs publics contre la liberté d’expression, de création artistique et littéraire, selon la Constitution (art 19 à 24). « Depuis 1996, ces deux artistes n’ont jamais dérogé à leur ligne de conduite d’artistes engagés. Tous les pouvoirs qui se sont succédé dans ce pays n’ont pas échappé à leurs critiques acerbes. C’est cette constance qui justifie leur popularité  ainsi que la mobilisation des Ivoiriens autour d’eux », écrivait-il.

Les artistes ont eu le soutien des partis et groupement de l’opposition conduit par Henri Konan Bédié, président du Pdci-Rda. « Je réitère tout mon soutien à ce groupe Zouglou qui a décidé de se mettre au service de sa nation à travers des chansons engagées et critiques. D’ailleurs, c’est l’essence même du Zouglou », a renchéri Henri Konan Bédié.

À en croire M. Zady, la vision de Yodé et Siro se retrouve dans les vers du poète ivoirien, trop tôt disparu, Joachim Bohui Dali : ‘’Ce que je chante là n’est pas un feu de brousse, mais un feu du cœur. Ce que je chante là n’est pas incendie, mais flamme de vie.’’

Concernant les dispositions des droits et des libertés contenus dans la Constitution ivoirienne de novembre 2016, l’article 19 stipule que ‘’La liberté de pensée et la liberté d’expression, notamment la liberté de conscience, d’opinion philosophique et de conviction religieuse ou de culte, sont garanties à tous. Chacun a le droit d’exprimer et de diffuser librement ses idées.

Ces libertés s’exercent sous la réserve du respect de la loi, des droits d’autrui, de la sécurité nationale et de l’ordre public.

Toute propagande ayant pour but ou pour effet de faire prévaloir un groupe social sur un autre, ou d’encourager la haine raciale, tribale ou religieuse, est interdite.’’

Il y a donc des pas à ne pas franchir pour prêter le flanc au procureur de la République, qui dans tous les cas se retrouvera seul contre tous : ‘’Libérez, libérez et libérez’’.

Serges Mignon

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